VALVYGNE : ELEVEUR PASSIONNE DE BERGER ALLEMAND DEPUIS 1971
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L'HISTOIRE DU CHIEN DE BERGER ALLEMAND

 
 
 LE BERGER ALLEMAND DE VON STEPHANITZ A NOS JOURS

 

 

En matière d'élevage, plus que dans toute autre, est éminemment applicable le dicton : "Pour savoir où l'on va, il faut connaître d'où l'on vient".

 

Le chien de berger naît d'abord comme chien de défense du troupeau bovin et ovin contre les prédateurs et quelque fois aussi les voleurs. Depuis une origine issu d'une forme sauvage du lupoïde, généralement grise et à poil court, la sélection se portera tout naturellement par adaptation à son utilisation à un sujet à poil long, épais et rustique pouvant exercer ses talents de chien de berger en faisant fi des intempéries.

 

Au 18ème siècle, l'Allemagne comme d'ailleurs les autres nations du centre et du nord de l'Europe était en grande partie recouverte de forêt et les surfaces cultivées n'en représentaient qu'une petite partie. Ainsi, les troupeaux bovins et ovins, n'éprouvaient pas le besoin de déplacements importants pour paître et trouver de la nourriture. Les chiens dits "de berger" n'avaient pas la nécessité de déplacements importants et leur présence en se mêlant aux brebis était majoritairement utilisée pour les défendre des prédateurs.

 

En Allemagne, à la fin de la guerre de 30 ans, suivit une longue période de paix dont la conséquence fut l'augmentation de la population et du bien-être général dont découla la nécessité de terres cultivables. Ce développement de l'agriculture eut pour conséquences l'abattage des forêts, l'établissement des routes et ainsi les terres incultes auparavant situées dans les plaines ou les plateaux peu élevés à proximité des villages ou des hameaux qui fournissaient des pâtures peu lointaines devinrent des terres cultivables. Les prédateurs (ours, loups, lynx …) vinrent en grande partie éliminés et les bergers n'avaient plus besoin de gros chiens de défense du troupeau. Les terres cultivées occupaient désormais la majorité des plaines et les pâtures se firent plus rares à proximité des fermes et ainsi naît et croît la nécessité de conduire les troupeaux à travers les champs cultivés pour atteindre des pâturages plus en hauteur dans les plateaux ou les montagnes.

 

Les "cultivateurs" ne voient pas d'un bon œil la divagation des troupeaux car ils les considèrent comme une menace pour leurs champs cultivés : ainsi naît l'exigence de sélectionner des chiens pour conduire les troupeaux en même temps que naît le pastoralisme.

 

C'est à cette époque que par l'utilisation, la scission dans le type va se faire entre le chien de bouvier et le chien de berger. Les troupeaux bovins hériteront des quelques pâtures situées dans les plaines ou à proximité des habitations gardés par les chiens de bouvier alors que les troupeaux de moutons seront contraints à la migration vers les hauts pâturages conduits spécifiquement par des chiens de berger aux dimensions plus réduites que leurs collègues destinés aux bovins.

 

Cette évolution n'est pas spécifique à l'Allemagne mais à l'Europe entière et à l'Asie Mineure. Quelques chiens proviennent en particulier de la Serbie et du sud de la Macédoine, régions où la brebis était élevée intensément surtout pour la laine et où on élevait, par tradition pastorale, beaucoup de chiens de berger dont on avait le plus grand besoin.
 

 

Le nouveau chien de berger a souvent les oreilles droites ou semi-droites, il est plus agile, extrêmement attentif, intelligent et surtout très intégré à l'environnement humain où il est accepté comme un  membre de la famille. Le chien de berger est beaucoup moins agressif que le bouvier car cette caractéristique de par son utilisation ne lui est plus demandée et pourrait même constituer un obstacle à sa correcte utilisation. En effet, durant la migration des troupeaux, il doit se montrer sociable envers les humains et surtout leurs enfants qu'il peut rencontrer dans la traversée des hameaux et des villages, mais aussi envers d'autres chiens. Il doit être tout à son travail, attentif à ses brebis.

 

 
Chien de 1880
 
C'est à partir de chiens parfaitement intégrés à la vie paysanne qui vivaient en famille au contact étroit de l'homme, qui contrôlaient les animaux de la basse-cour, qui trépignaient au pied du maître, jouaient avec les enfants et avaient par atavisme la qualité de tourner en cercle pour faire la garde autour de la ferme, que débuta, par nécessité utilisatrice, la sélection du chien de berger qui possédait en lui les qualités d'humano-dépendance et d'intégration à la vie sociale. A travers le 19ème siècle, la sélection conduite par les bergers va encore se spécialiser au moins à la mesure des difficultés qu'ils rencontreront dans la conduite de leurs brebis vers des pâturages de plus en plus éloignés et dans des conditions de plus en plus difficiles.

 

La spécialisation du travail sur mouton sera le fruit d'une sélection rigoureuse car à une époque où n'existaient pas les textiles synthétiques, la laine était une source de revenus primordiale pour les bergers et en aucun cas les brebis récalcitrantes ne devaient subir de dommages par les morsures de chien. Pendant les périodes d'agnelage, les brebis parturiantes étaient suitées de leurs agneaux et les chiens devaient se montrer délicats avec elles.

 

Ainsi, furent éliminés de la sélection les chiens trop violents qui sautaient à la gorge ou au flanc des brebis ou qui par leurs aboiements intempestifs effrayaient le troupeau. Pour répondre à ces nouvelles exigences, le chien de Berger Allemand n'aboiera plus sans raisons mais seulement au commandement et pour lui laisser une certaine initiative dans des circonstances déterminées. L'instinct de morsure sera discipliné et l'on sélectionnera des chiens qui auront tendance à mordre seulement dans la région postérieure de la cuisse plus fournie en laine et ainsi moins vulnérable.

 

C'est l'utilisation qui détermina le caractère et la typologie. On comprend aisément la différenciation typologique entre un chien de bouvier et un chien de berger : le bouvier est essentiellement destiné aux bovins dont les pâturages sont peu éloignés de la ferme et sa corpulence et aussi proportionnelle à l'animal qu'ils est censé garder ou regrouper et les morsures des chiens de bouvier dans les jarrets des vaches qu'ils doivent discipliner ont des conséquences bien moindres que celles subies par les brebis. De surcroît, ce regroupement nécessite surtout un chien galopeur, de taille importante et la taille de sa mâchoire n'a pour ainsi dire pas d'importance, puisque sans conséquence sur le troupeau bovin.

 

Au contraire, le chien de berger, comme on l'a vu plus haut doit être limité dans sa préhension des brebis et la forme de sa tête ainsi que de sa mâchoire va naître de cette utilisation. Ainsi, les mâchoires en tenaille seront proscrites car créant des dommages importants sur le troupeau.

 

En fait, tout s'explique par les raisons qui ont régit et régissent encore les lois de la sélection. Les distances entre les différents pâturages imposaient à la race de chien de berger un trot ample et résistant qui pour se faire devait émaner d'amples pas cadencés et de gestes harmonieux en état d'amortir les fréquents contacts avec le sol. En seraient exclus les chiens possédant un mouvement bref et frénétique dont la résistance eut été diminuée par la conséquence d'une majoration importante du nombre de leurs pas.

 

C'est de l'utilisation de tous les jours et de leur résistance au travail que les bergers sélectionnèrent leurs meilleurs chiens. Les plus résistants, donc les moins fatigués après de dures journées de labeur, étaient ceux qui possédaient un trot ample généré par des rayons longs et inclinés, par un métacarpe fléchi pour absorber les heurts avec les multiples contacts avec le terrain dans un rôle d'amortisseur soulageant les muscles et par des pieds ronds et bien fermés avec une sole épaisse et solide constituée de manière à soulager le contact avec le sol.

 
 

Son dos devait être solide pour transférer d'arrière en avant la poussée à l'allongement à travers une croupe inclinée avec une force parallèle au sol. Pour conférer de l'espace à son trot, son tronc devait être plus long que sa hauteur laissant place à un système respiratoire important lui conférant une résistance hors du commun. Aussi son corps devait être flexible et agile pour passer au dessus des obstacles, traverser des broussailles et très dynamique pour à l'occasion, se servir d'un galop rapide.

 

Pour rejoindre les pâturages lointains ces chiens devaient parcourir de longs trajets et dans ces transhumances leur principal emploi était plutôt la conduite que le regroupement du troupeau dans la bergerie.

 

La tête du chien de berger devait être avant tout expressive pour communiquer des regards d'entente et de complicité avec le berger et son importance devait être moyenne et surtout pas lourde car incompatible avec les longs trajets qu'elle aurait contribué par son poids à rendre fatigants. Aussi sa trop grande importance aurait généré aux brebis récalcitrantes une morsure disproportionnée lui créant ainsi des dommages irréparables.

 

Vers le milieu du 19ème siècle, les chiens de berger en Allemagne sont très différents en fonction des régions et des brebis qu'ils sont censés protéger. Comme très souvent, le chien de berger regroupe les brebis en les poussant épaule contre épaule, leur taille est toujours comparable à celle du mouton.

 

Ainsi, au nord et au centre de l'Allemagne où les brebis sont plus petites, les chiens sont de dimensions plus réduites, souvent avec le poil long, les oreilles droites et la queue relevée, ces dernières caractéristiques étant un héritage d'un lointain croisement avec des spitz.

 

Au sud de l'Allemagne, et surtout en montagne, les chiens sont plus gros, plus grands car les moutons sont plus importants en taille et aussi parce qu'il subsiste dans les hauteurs de nombreux prédateurs. Bien que leurs couleurs soient toutes différentes, le gris-loup est dominant.

 

A la fin du 19ème siècle, ce chien de berger de taille moyenne, vif et intelligent fait croître un intérêt important et une passion pour son élevage. Dans toutes les régions d'Allemagne, des chiens de berger en activité avaient acquis des caractéristiques suffisamment définies par situations géographiques relativement limitées. En effet, les bergers qui les élevaient, compte tenu de la difficulté à se déplacer, n'utilisaient que des étalons qui leur étaient géographiquement disponibles.

 

Bien que la pureté de leur race ne soit ni définie, ni tutellée, un type régional de chien de berger s'était dessiné principalement dans trois régions : la Thuringe,  la Svievre et le Wurtenberg.
 
 

La Thuringe (Thuringer wald) dont la capitale était Weimar était une région montagneuse et boisée où étaient élevés des chiens de berger petits et forts de couleur gris-fauve, le plus souvent à oreilles droites avec une variété à poils courts et une à poils longs.

 

 
 
 
 
 
Chiens de Thuringe à poil court et poil long
 
 
 
 
 
Les chiens du Wurttenberg étaient plus grands de taille mais moins dynamiques avec les oreilles pendantes ou semi-érigées avec un bon port de queue dont il existait une variété à poils courts et une autre à poils épais.

 

 
 
Chien du Wurttenberg
 
 
 

Les chiens de berger de la Svièvre, étaient de couleur noire ou foncée, hauts sur pattes avec une ossature plutôt légère et souvent les oreilles droites.
 
 
 
 
Chien de la Svièvre
 
 

 

Les éleveurs avaient compris qu'il fallait produire un chien de berger plus conforme à la réalité du moment, moins grossier et disgracieux qui satisfasse les ambitions esthétiques d'une population bourgeoise accueillant dans son propre jardin un chien courageux et sûr, mais aussi agréable à contempler car doté d'un bel aspect. Pour cela, on idéalisait un modèle à la fourrure demi-longue avec un port d'oreilles droit qui lui apportait noblesse et fierté. Aussi le chien à oreilles droites à l'ouie plus fine car le pavillon érigé agit comme un récepteur. Une queue longue descend le long de la cuisse et non enroulée sur le dos et privée de déviation inesthétique.

 

Ainsi en Allemagne, de nombreux éleveurs en croisant les diverses races de chien de berger, sans doute par des accouplements compensatoires tentèrent de satisfaire les nouvelles exigences esthétiques. La passion pour l'élevage de ces chiens de berger va crescendo.

 

En 1891, une première tentative de créer avec la Philax une association de race pour régir les races de berger d'utilité échoue à cause d'un désaccord de ses fondateurs sur la priorité à donner entre l'utilité et la beauté.

 

Deux éleveurs de Francfort, MM. Sparwasser et Wachsmuth, sur une base de chiens de berger de la Thuringe, réussissent un savant mélange en sélectionnant aussi bien sur la beauté que sur le caractère. Et leur succès est tel que pour faire face à la demande, ils introduisent aussi des chiens venant du Wurttenberg.

 

Ces chiens du Wurttenberg dotés d'un excellent caractère, d'une solide construction et d'un bon port de queue, avaient cependant des oreilles grandes et molles.
  

Cependant, les éleveurs du Wurttenberg étaient de très grands passionnés pour l'élevage de chiens et élevaient avec beaucoup d'attention en tenant les chiens près d'eux dans la maison avec un goût très poussé pour l'esthétique. Ils avaient compris comment fixer les premières caractéristiques d'une race nouvelle qui était dans l'air du temps.

 

Un éleveur du Wurttenberg, M. Eiselen, achète chez Sparwasser un mâle gris plein de tempérament et anatomiquement bien proportionné, aux oreilles parfaitement droites avec un port de queue sans défaut. Ce chien plutôt petit, qui mesurait 61,5 cm dont on dirait aujourd'hui qu'il est plutôt laid pesait entre 24 et 25 kg, mais à cette époque, c'est ce qui se faisait de mieux. Ce chien s'appelait Hecktor Linkshein.
 
Horand von Grafrath

 

A une exposition qui a lieu le 3 avril 1899, un éleveur Max von Stephanitz, capitaine de cavalerie, ayant fait des études de paléontologie et d'histoire naturelle et féru d'anatomie animale par sa grande connaissance des chevaux, est séduit par la construction de ce chien et son tempérament, et en fait l'acquisition pour la fabuleuse somme pour l'époque de 220 Mark royaux. Il le débaptise en lui donnant le nom de Horand von Grafrath.

 

Ainsi anobli par l'affixe de Max von Stephanitz, Horand von Grafrath né le 1er janvier 1895 chez Sparwasser, fils de Kastor et Lene, va devenir le premier chien de Berger Allemand inscrit au livre d'élevage sous le SZ n°1.
  

Dans le même temps, en 1899, Max von Stephanitz fonde à Stuttgart la Schäferhund Verein (SV) qui est l'association de race de chien de Berger en Allemagne. Et en collaboration avec l'éleveur Arthur Meyer, rédigea le standard du chien de Berger Allemand qui fut approuvé par un congrès des cynotechniciens du S.V. à Francfort.

 

Max von Stephanitz aidé de sa fille Hertha, annotait à la main les pedigrees des chiens, les certificats d'origine, les brevets de travail et pratiquait aussi l'élevage dans son château de Grafrath en Ober Bayern.
 
 
A suivre…
 
Richard SPARTA
 

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