VALVYGNE : ELEVEUR PASSIONNE DE BERGER ALLEMAND DEPUIS 1971
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CHRONIQUE DE L'ELEVEUR

 

 
REFLEXION SUR L'ELEVAGE DU CHIEN DE BERGER ALLEMAND
 
Depuis plus de 35 ans que je pratique l'élevage, j'ai rencontré, entre autres, deux catégories d'éleveurs. D'une part, les intuitifs, d'autre part les scientifiques.
 
Les scientifiques sont ceux qui pour pratiquer l'élevage sont obligés de se référer à des statistiques, des calculs divers, l'établissement d'index et qui fabriquent des pedigrees dont la plus grande qualité est de contenir le plus grand nombre d'"Auslese". Cette méthode à toujours fait sourire un homme comme Walter Martin car il disait que certains pedigree étaient comme certains mélanges d'alcool : imbuvables.
 

 

L'élevage du Berger allemand est trop complexe et ne peut être mené uniquement sur la foi de résultats mathématiques. Certes, dans des domaines comme la dysplasie de la hanche des statistiques peuvent être établies pour certaines lignées ou familles, mais elles le sont toujours a posteriori  et ne doivent pas être prises au pied de la lettre  car elles conduiraient à la ruine de la race.

 

Dans d'autres espèces, comme l'espèce bovine par exemple, si l'accent est mis sur la production laitière, l'amélioration viendra surtout des statistiques et les étalons utilisés viendront des meilleures laitières.

 

Pour notre race les choses sont bien différentes car il n'y a pas de critère unique et notre sélection est basée sur une infinité de choses, ce qui la rend si difficile.

 

L'élevage allemand a vu se succéder à la tête du S.V. des intuitifs et des scientifiques; le Docteur Funk (von Haus Schutting) et Hermann Martin (von Arminius) étaient des intuitifs et de très grands connaisseurs. Le Docteur Rummel (Von Aegidiendamm) vétérinaire de son état et Peter Messler (von Tronje) font partie des seconds.

 

Il est indéniable que les plus grands progrès ont été accomplis sous les présidences des premiers car ils avaient ce sens inné du choix des reproducteurs et qu'ils ont su mettre en avant des étalons qui ont tracé et aussi des lices de premiers plan. Rappelons-nous aussi lorsque Hermann Martin jugeait les classes "travail" femelles et dirigeait l'élevage au S.V. avant d'en être le Président, les formidables progrès accomplis au niveau des femelles.
 
 
Le Dr Funk entouré de Walter Martin
et du Dr Rummel
 

 

Ma confiance s'est toujours dirigée vers les intuitifs, car ce sont avant tout des visionnaires, c'est-à-dire ceux qui ont le "sens de l'élevage" qui est à mon avais un don naturel que possèdent en général les vrais connaisseurs, mais cette qualité essentiellement native s'acquiert difficilement.

 

Certains ne seront jamais des éleveurs parce qu'ils ne remarquent pas vraiment ce qu'il faut voir : voir avant tout les qualités d'un sujet et les mettre en exergue avec une approche positive des choses. Rien n'est en effet plus nuisible en élevage que de donner de l'importance à des sujets qui n'ont pas vraiment de défauts mais qui n'ont aussi pas vraiment de grandes qualités. Les progrès viennent toujours de sujets qui sont porteurs de deux ou trois très grandes qualités portées à l'excès et qui sont affublés d'un ou deux graves défauts.

 

Il faut avoir l'expérience de nombreuses portées et avoir élevé de nombreuses générations pour être un éleveur, mais il y a des "fabricants" de nombreuses portées qui ne sont de véritables éleveurs, parce que le sens de l'élevage leur fait défaut.

 

Toutefois, savoir accoupler, élever et sélectionner est un art que l'on peut aussi acquérir avec le temps et l'expérience grâce aux connaissances venues de la pratique et aussi d'un minimum de bon sens. L'élevage n'est certainement pas une science, car dans le domaine scientifique dont sont issus les règles, des théorèmes ou des formules, la répétition d'une expérience amène toujours le même résultat. En élevage, il en est tout autrement.

 

Il n'y a donc aucune théorie fixe applicable à tous les cas : raison pour laquelle dans chaque cas se révèlent des facteurs particuliers et divers. Pour toutes ces raisons, il est très difficile de donner des conseils pour la saillie d'une chienne, surtout si on ne la connaît pas et qu'on ignore tout de sa famille maternelle.

 

Il n'existe donc pas  de recettes d'élevage si ce n'est des recettes très générales comme l'utilisation en élevage de certains étalons dont on est en droit de penser connaissant leurs antécédents et leurs qualités propres qu'ils sont susceptibles d'améliorer la race. Il est plus facile ainsi de conseiller de se servir de tel étalon sur une vingtaine de chiennes que sur une seule, car sur un éventail relativement important de saillies, l'échec de 2 ou 3 portées ne peut nullement gêner l'impression d'ensemble de son potentiel héréditaire.

 

En élevage, nous sommes tous des apprentis et comme le disait le Président Marcel Olive, "Il faut beaucoup manipuler la matière". La réalité nous apprend que plus on avance en élevage, plus on devient réservé dans ses appréciations et qu'on ne peut avancer des théories que dans son propre élevage, après y avoir autant de fois changé d'avis que d'y avoir mûrement réfléchi.

 

De nombreuses personnes passionnées ont consacré la plus grande partie de leur vie à essayer de produire et d'élever un chien de berger allemand qui devienne célèbre sur la pelouse de nos rings d'exposition. Lorsqu'on arrive au prix des plus grands sacrifices, au détriment de sa propre vie, voire de son confort personnel à produire des sujets de haut niveau ou un champion, les autres pensent que cela est dû, en grande partie à la chance et envient parfois la réussite de l'éleveur.

 

Certes, indéniablement, il entre une part de chance dans la réussite de l'élevage, mais c'est une erreur de penser qu'elle en est le facteur essentiel. Il faut aussi se mettre dans l'idée que chacun peut aider sa chance. A long terme, en démarrant sur des bases solides, en étant conseillé par des anciens, un éleveur peut bâtir sa réussite. L'évolution de notre race, les pedigrees de tous nos grands reproducteurs et reproductrices du passé peuvent être analysés avec le recul du temps; le sens de l'observation et la propre capacité de sélection seront déterminants.

 

Elever, c'est faire naître des chiots, c'est un espoir sans cesse renouvelé et cet espoir qui nous anime nous stimule aussi dans les moments difficiles. Mais il est indéniable que pour chaque accouplement, une étude soigneuse et approfondie est le plus sûr moyen de concrétiser cet espoir. C'est un croisement particulier qui fait naître un produit meilleur que ses parents, amis c'est en comprenant avec quel genre d'étalon il convient d'accoupler une lice pour mettre ses qualités en valeur, que l'on réussit

 

L'histoire ancienne ou récente de notre race me conduit à penser que la réussite est principalement formée sur la très grande importance que revêt la souche maternelle et que les éleveurs qui peuvent assurer la pérennité de leur succès sont ceux qui possèdent les meilleures femelles.

 

En effet, si les périodes fastes amenées par l'exceptionnelle reproduction de chiens comme l'ont été Canto von der Wienerau, dans les années 70 ou Uran von Wildsteiger Land vers 1985, permettent à toutes les souches de faire de considérables progrès, cet effet s'estompe lorsque ces chefs de race disparaissent et s'éloignent dans les pedigrees.

 

Alors, cet effet des chefs de race (que malheureusement on ne rencontre que tous les 15 ou 20 ans) semble s'estomper moins rapidement chez les éleveurs qui possédaient les meilleures femelles avant leur apparition et qui ont donc renforcé un peu plus leur souche maternelle. De cette façon, ces éleveurs peuvent de maintenir plus facilement à haut niveau lorsque la race stagne par manque de grands traceurs.

 

 

 

Richard SPARTA
 
 

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